Je suis ingénieur informaticien.

Oh oui, bien sûr, maintenant vous rigolez mais en 2001, année de mon diplôme, le titre d’Ingénieur en Informatique avait encore un certain prestige. Rendez-vous compte, Ingénieur en Informatique, avec ces deux I majuscules tellement phalliques, fièrement dressés vers le ciel, telles les tours du World Trade Center ! Hmm la métaphore est malheureuse … surtout cette année-là … Bref.

On nous proposait donc des ponts d’or avant même l’obtention du diplôme,  on trouvait facilement des locations dans Paris, notre côte auprès de la gente féminine était … bon, ça c’était passable (pas de miracles non plus). Mais nos futures-ex belle-mères nous adoraient. Bref, la vie était belle et notre avenir plein de promesses !

En 2010, tout a changé. L’aura du mot « ingénieur » a été éclipsée par l’infâmie du mot « informatique ». L’ingénieur informaticien est devenu l’archétype du loser, asocial, peu avenant, à la limite de l’autisme, parlant un langage extra-terrestre (ce que confirmerait d’ailleurs ses habitudes vestimentaires). En terme de sex-appeal, de vrais épouvantails, une sorte d’antithèse de la blonde à forte poitrine. Et nos futures-ex belle-mères … ah ben non, du coup si vous avez bien suivi, plus de belle-mères.

Lorsque quelqu’un nous pose la cruelle question « et vous faites quoi dans la vie? », c’est le drame. C’est désormais un métier honteux que l’on cache
— notamment nos parents — derrière des formulations plus flatteuses telles que « Chef de projet », « Architecte », « Designer » voire « Pilote de Chasse ». Une autre technique consiste à tout avouer d’un air dédaigneux en terminant par « mais je compte changer rapidement ». Comme si on était caissier à Lidl.

Le terme n’est pas encore devenu politiquement incorrect, disons juste « socialement embarassant ».

Heureusement, depuis très récemment, d’autres cachent leur vrai métier derrière des termes plus neutres pour échapper à l’opprobre populaire. Comme nos amis banquiers (ou plutôt « Conseillers financiers »), traders (« Opérateurs de marché ») et avocats (« Fruits comestibles de l’avocatier »).

On se sent moins seul.