C’est la Journée Mondiale de la Météorologie ! Bon je sais, vous n’avez aucune chance de lire ce post à temps car je l’ai posté le lendemain et j’ai triché sur la date (je suis un vrai rebelle). Mais justement, demain (donc le surlendemain de la date théorique de l’article si vous me suivez …), c’est la Journée Mondiale de la Procrastination ! \o/

Mais pour aujourd’hui (enfin hier … bon là je vous ai perdu définitivement perdu …), on parle de météorologie. Enfin plus exactement des météorologues.

Météorologue, c’était un beau métier. Les cheveux longs, la barbe grasse, la chemise usée trop large, les grands espaces, le doigt dans le vent, c’était un métier de passionné, de doux rêveur la tête dans les nuages. L’intuition y avait encore une grande place et l’erreur y bénéficiait d’une légitimité toute scientifique. On remplissait des pages et des pages de données récoltées amoureusement au fond d’un pluviomètre, on traçait de jolies courbes isobares sur les cartes d’une région qu’on connaissait par coeur, on communiquait les résultats à toute la communauté pour que chacun puisse compléter ses données pour tenter d’établir un modèle de prévision à peine meilleur que la pièce jetée en l’air.

Et l’informatique est arrivée.

Les stations météo ont commencé par transmettre les données à distance. Puis ces données ont alimenté des bases de données automatiquement. Ensuite, ces bases de données ont permis de générer des courbes et des cartes sur des écrans. Des calculateurs surpuissants permettent désormais d’appliquer des modèles mathématiques ultra-complexes pour interpréter les résultats et sortir des prévisions. Et en bout de chaine, une jolie imprimante scanner (adieu le doux son de l’imprimante matricielle …) imprime le bulletin de la semaine à un présentateur météo, dont le seul travail est d’égayer sa longue litanie des températures futures, afin de garder le cerveau des téléspectateurs disponibles pour le tunnel de 15mn de publicité à suivre.

A Météo France, les scientifiques aux coiffures audacieuses ont laissé la place à des ingénieurs informaticiens chargés de maintenir les systèmes opérationnels, d’afficher de plus jolies courbes (mais toujours moins que celles de la présentatrice météo), de mettre en place un intranet de gestion des ressources humaines et plus généralement, de débugger tout ce qui ne marche pas.

Bref, météorologue est devenu un métier d’informaticien, devant l’écran, avec une souris cliquetant gaiement toute la journée. La climatisation pour seule brise. Le néon pour seule lumière. Un ficus pour seule végétation. Et des petits chefs pour seule espèce nuisible.

Paradoxalement, l’automatisation, la vitesse de traitement et le confort qu’a apporté l’informatique pour nous délester des tâches ingrates a plutôt réduit à l’esclavage tous ces métiers de rêveurs et de baroudeurs, devenus accrocs à la puce de silicium, le visage buriné par la lumière de leurs écrans, les fesses, le dos et les jambes épousant parfaitement la forme de leur chaise à roulettes.

Tout cela m’amène à me poser une question existentielle : quel métier exercions-nous, nous ingénieurs informaticiens qui utilisons l’informatique pour faire de l’informatique, avant que l’Informatique elle-même n’arrive ? Sommes-nous des produits de la Génération Spontanée d’Aristote et de Pouchet, de vulgaires rats issus d’une corbeille de linges sales, des asticots sur un bout de viande en putréfaction ? Tels l’oeuf et la poule, est-ce l’informaticien qui a créé l’ordinateur ou l’ordinateur qui a créé l’informaticien ?